
Beaucoup d'agitations ces temps-ci sur les caricatures représentant Mahomet. La mèche est partie du Danemark. Repris dans la presse norvégienne, française (France Soir notamment), espagnole, les caricatures font un scandale dans le monde Arabo-Musulman. En Palestine, des "groupes armées" menacent de s'en prendre aux intérêts des pays qui ont diffusé ces caricatures. En France, le Conseil du Culte Musulman s'insurge. L'Union Mondiale des Oulémas appelle à des manifestations et des protestations. Au-delà des caricatures, c'est le fait même de dessiner le prophète qui est proscrit par la religion musulmane.
Comment en est-on arriver là? Les uns mettent en avant la liberté d'expression, les autres le respect des religions en accusant ceux qui reproduisent ces caricatures de "racistes".
En France, le débat prend une tournure particulière, avec en toile de fond la Laïcité.
Sur la blogosphère, le débat s'enflamme. Je commencerai d'abord par la réaction de
Peter Strauss, Président des Jeunes Sociaux-Démocrates Danois et Vice-Président de la IUSY.
Je vous cite un extrait de son
post:
"Of course it should be possible for any newspaper to print whatever they like. But I also believe that the freedom of speech shouldn’t be used to cause any harm, humiliate or offend a large number of people. This is status for the situation and I believe that especially the Danish Government has a great responsibility to solve this diplomatic crisis."
Cela n'arrange rien, le gouvernement danois ne semble pas avoir arrangé la situation refusant de rencontrer les ambassadeurs de 11 pays arabes demandant à le rencontrer.
Nicolas Marandon insiste-lui sur la Laïcité. Rien dans la réaction officielle française ne vient rappeller ce principe fondamental. Quid du "droit au blasphème"?
"Que le Ministère des Affaires étrangères en soit réduit à "condamner tout ce qui blesse les individus dans leurs croyances ou leurs convictions religieuses" est purement et simplement honteux. Ce type de déclaration renforce ceux qui aujourd'hui menacent les journaux qui ont publié ces dessins et la libertés de la presse, dénoncent la France et le Danemark, renforce ces intégristes qui combattent la liberté d'expression."
Valério Motta, sur le nouveau blog collectif
"Partisans" revient lui aussi sur ce droit au blasphème.
"Le blasphème est -Laïcité merci- autorisé en France. N'y voyons pas là d'infimes différences de systèmes juridiques, mais un vértiable enjeu de société et de civilisation. Ne faisons pas semblant de croire que blasphémer c'est insulter ceux qui croient. Attaquer une religion, c'est s'en prendre à une croyance, qui n'est rien d'autre qu'une opinion humaine, avec ses grandeurs et ses misères.
Considérer que le blasphème doit être réprimé, c'est considérer qu'il y a des textes et des croyances sacrés, au dessus de ce que peut produire la raison et l'expression démocratique d'un peuple de citoyens, ou le génie d'individus. C'est considérer que quelque soit cette volonté politique humaine, quelque soit le développement des idées ou des sciences, toutes ces productions restent soumises à des puissance supérieures intangibles dont on ne pourrait contester le message."
Mon avis? Partagé. Evidemment, la liberté d'expression ne doit pas être remise en cause. Le licenciement du directeur de la rédaction de France Soir est un scandale qu'il faut condamner. La Laïcité en France est un principe à réaffirmer et à défendre avec force. Le droit au balsphème existe, quoiqu'en pense tous les religieux.
Un doute, et un seul, cependant, sur une caricature, celle où on voit Mahomet avec une bombe sur la tête. Derrière cela, le raccourci musulman=terroriste. Là, cela devient problématique. Et notre réponse doit être la même quelque soit la religion. N'avait-on pas hurlé lorsqu'un comique de mauvais gout avait représenté un rabbin en armes dans une émission en direct le dimanche soir? Cette question est épineuse, éminement complexe. Ou s'arrette le blasphème et où commence les raccourcis pouvant mener au racisme contre les croyants de telle ou telle religion?
Là-dessus, je vous cite une réaction de
Haddad, 60 ans, français d'origine libanaise, dessinateur à
Al-Hayat (journal en arabe édité à Londres) et collaborateur de
Courrier international, cité par
Le Monde.
"Je suis pour la liberté d'expression et contre la censure. Je suis prêt à me battre pour. Mais je trouve ces dessins très mauvais. La première fois, je les ai trouvés sans intérêt. Pas drôle mais anodins. Et puis j'ai compris qu'ils représentaient le prophète. Mettre une bombe sur la tête d'un intégriste, pourquoi pas ? Moi-même, je dessine contre le terrorisme, contre les intégristes. Mais sur la tête du prophète, qu'est-ce qu'on veut dire ? Un dessin a toujours un message. Là, quel est le message ? Que l'islam est criminel ? Que les musulmans sont criminels ? Affirmer par une caricature que les intégristes sont des arriérés, des obscurantistes, je veux bien. Mais faire la même chose avec le prophète, là encore, c'est un amalgame. Ce sont tous les musulmans qui sont visés. Cela devient du racisme."
Le problème est que la réaction des "pays arabo-musulmans" visent moins cette seule caricature que l'ensemble des dessins, sous le pretexte que "représenter le prophète est une offense à toute la religion". Cela n'est pas acceptable. Là il y a un combat à mener. Quelque soit les conséquences. Nous devons rester ferme sur un principe simple: la liberté d'expression. En France, le premier article de la Constitution stipule bien
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances."Mon propos est simple. Sur les caricatures en tant que tel, il faut réaffirmer les principes de liberté, de laïcité et de libre-pensée et refuser toute intimidation. Sur l'amalgame musulman=terroriste (une caricature sur 12), condamnons.
Comme l'a demandé Peter Strauss, un débat aura lieu à la IUSY lors du prochain présidium. D'ici là, je prends tous vos avis sur la question.