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Tuesday, March 27, 2007

Mauritanie: la preuve par 10..

"Les Africains ne sont pas murs pour la Démocratie", cette phrase de Chirac prononcée en 1988 montrait bien tout le mépris de l'ancienne puissance coloniale pour les démocrates en Afrique. C'était vite oublier toutes les tentatives de déstabilisation venant de la France pour les jeunes démocraties, tous les dictateurs soutenus à bout de bras, militairement, politiquement et financièrement. En 1990, vient le sommet de La Baule et la doctrine de Mitterrand qui conditionne l'aide au respect de la Démocratie. Mais la rupture n'a souvent été que de facade, la France soutenant les fraudes électorales.

Quand des expériences démocratiques authentiques se passent en Afrique, on se réjouit que les Africains donnent torts aux puissances occidentales. Il est d'ailleurs très révélateur que souvent, ces évolutions se passent malgré les critiques des occidentaux, la France étant toujours prompte à condamner "la rupture du processus démocratique" lorsque des "dictateurs-démocrates" soutenus par la France sont déposés par leur peuple. C'est ce qui vient de se passer en Mauritanie.

En 2005, les militaires prennent le pouvoir déposant Ould Taya, un militaire ayant pris le pouvoir par un coup d'Etat en 1984, converti en "démocrate à la mode de la Beaule" gagnant les élections en 92 et 97 grâce à un habile processus de fraudes. Le nouvel homme fort est le colonel Ely Ould Mohamed Vall qui annonce d'entrée sa volonté de mener la Mauritanie à la Démocratie et refusant toute ambition politique.

Le processus est aujourd'hui mené à terme avec l'élection au deuxième tour de l'élection présidentielle de Sidi Ould Cheikh Abdallahi avec 53% des suffrages. Son concurrent Ahmed Ould Daddah a reconnu sa défaite. Ces élections auront été les plus libres de l'histoire de la Mauritanie, avec débats télévisés et radiophoniques entre les deux tours et la neutralité affichée de la junte militaire (même si certains les ont accusé d'être proches du candidat élu).

Soyons clair, Sidi Ould Cheick Abdallahi n'était pas notre candidat. Ancien ministre, il était soutenu par les anciens caciques du régime. Ould Daddah, dont le parti est observateur à l'Internationale Socialiste, représentait l'opposition au régime sortant, ayant passé de nombreuses années en exil ou en prison, victime de la répression politique. Il représentait le réel changement mais les mauritaniens en ont jugé autrement. Mais ce n'est pas le plus important. Grâce à ce processus démocratique réel, les mauritaniens ont aujourd'hui les moyens de s'assurer les voies de leur propre développement, entrant de plein pied dans une démocratie moderne.

J'écoutais ce matin Ely Ould Mohamed Vall qui était interviewé sur RFI. Son calme m'impressionna. Il était surpris qu'on puisse lui poser la question s'il ne craignait pas des troubles avec un pays divisé en deux du fait d'un résultat serré aux élections. Il répondait calmement: "Est-ce qu'on se pose cette question lorsqu'en France un candidat gagne les élections présidentielles avec le même score? Non. Cela montre juste que les élections ont été libres et démocratiques et ont permi un réel débat". La question était méprisante. La réponse était digne.

Tuesday, March 13, 2007

En bref..

La démocratie avance en Mauritanie..
Et comme souvent, cela se fait sans la France. Le coup d'Etat militaire avait été condamné par la France. Les militaires ont tenu parole, et les élections présidentielles se sont tenus ce dimanche, prouvant que Démocratie et l'Afrique sont loin d'être antinomiques comme essayent de nous le faire croire ceux qui justement sont prêts à tous les batons dans la rue pour maintenir l'Afrique sous dépendance. Le deuxième tour opposera un partisan de l'ancienne majorité contre l'opposant historique. C'est la première fois qu'un deuxième tour à l'élection présidentielle aura lieu.

Mais elle continue de régresser en Russie..
Elections régionales en Russie, et là c'est la situation est inverse. La démocratie continue de reculer dans l'indifférence la plus totale. Poutine avance sur la "non-démocratie". Seuls les partis qui soutiennent Poutine sont autorisés à se prononcer. Pour capter le vote protestataire, on crée de toute pièce des partis protestataires, dont on s'assure que la protestation restera bien encadré. C'est le cas du parti "La Russie juste" qui s'indigne de la montée de la pauvreté et dénoncent les inégalités..tout en soutenant Poutine. Par contre, les partis libéraux ont été tout simplement écartés comme Iabloko, ne soulevant que très peu de protestations. Je lisais dans la presse hier qu'une manifestations d'opposants et de démocrates avaient réuni 5000 personnes récemment et que c'était la plus grande manifestation de l'opposition depuis très longtemps. 5000 personnes! Pour la Russie! C'est dire le niveau anémique de la société russe actuelle. Il ne faut pas desespérer, disent les démocrates. La collusion avec les oligarches a sans doute contribué à expliquer leur rejet, mais c'est surtout le baillonement de la presse, effectuée de manière méthodique depuis plusieurs années par Poutine qui explique cela.

Faut-il parler avec la Syrie?
J'entends ce matin que M. Solana, le haut représentant de la politique extérieure européenne, se rend en Syrie. C'est incontestablement un inflechissement. Cela se fait avec le soutien plein et entier de la France, nous dit-on: là c'est un revirement dans la politique étrangère de la France. Pourquoi? Etant donné la situation en Irak, il semble évident qu'il faille discuter avec la Syrie, tant leur implication et pouvoir de nuisance est fort. Néanmoins dans le timing, cette visite peut faire débat. On sait que les syriens sont prêts à tout pour obtenir la fin des menaces pesant sur le régime, via le tribunal à caractère international sur l'assassinat de Hariri au Liban. Les pressions sur la Syrie pour qu'elle ne fasse pas entrave à l'enquête de l'ONU avaient été vaines. Et il y avait une ligne de fracture dans la diplomatie européenne avec d'un côté essentiellement Moratinos, ministre des affaires étrangères espagnols, avec l'appui italien qui cherchaient à inclure la Syrie dans le jeu et de l'autre côté la France qui considérait qu'il fallait isoler la Syrie jusqu'à ce que le tribunal international rende ses conclusions et que les coupables soient jugés. Il semble que cela soit la première optique qui soit en voie de remporter, du fait de la situation en Irak. Et on craint que le Liban fasse les frais du nouvel intérêt de la communauté internationale pour le régime Syrien. La stratégie de pression de l'opposition libanaise, Hezbollah en tête, aura également payé. La Syrie est incontournable, et cela au détriment de la stabilité régionale. Le Liban risque d'être la monnaie d'échange pour la Syrie qui sait jouer de ses multiples cartes pour assurer la survie de son régime. Je lis le communiqué de presse de l'agence de presse syrienne et cela renforce mes doutes. Je suis sur que Solana a annoncé sa volonté de parler du tribunal international. Rien ne transparaît. Mais comme à chaque visite d'un responsable international, le régime syrien sait très bien faire pour instrumentaliser la visite et en faire une visite de soutien.