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Tuesday, August 16, 2011

La transition écologique sera socialement juste ou ne sera pas

« La transition écologique devra être socialement juste. Ou elle ne sera pas »

Dernière modification le 12/08/2011, publié par Emploi-Pro.
Rémi Bazillier
© DR

Focus L’universitaire Rémi Bazillier publie en septembre « Le Travail, grand oublié du développement durable ». Il explique pourquoi la révolution écologique ne pourra se faire que si la question de l’emploi et de la justice sociale est résolue.

Maître de conférences en économie à l'université d'Orléans, Rémi Bazillier publie en septembre l’ouvrage « Le Travail, grand oublié du développement durable ». il est parti du constat que les aspects sociaux sont trop souvent absents des discussions sur le développement durable. Les spécialistes se concentrent sur les politiques environnementales et l’économie. C’est une erreur. Pire une faute.

Emploipro : « Comment expliquez-vous que les questions sociales en général, et celles sur l’emploi en particulier, soient, comme vous le signalez dans le titre de votre ouvrage, « les grands oubliés du développement durable » ?

Rémi Bazillier : « J’explique cela par la difficulté de traiter des questions sociales dans les sujets environnementaux. Les experts se focalisent sur les aspects écologiques délaissant l’emploi, l’éducation, la protection sociale. Ces derniers sont vus comme des sujets plus « polémiques ». Beaucoup de spécialistes considèrent aussi que les conditions sociales sont des conséquences du progrès économique. Il n’y aurait alors pas besoin de les traiter. Enfin, il y a aussi l’idée que des politiques sociales ambitieuses constitueraient un frein à la croissance et à la révolution environnementale ».

Emploipro : « Or, vous estimez au contraire que le traitement de ces questions sociales est l’une des conditions sine qua non de la réussite des politiques environnementales ».

RB : « En effet, la question du travail et de l’emploi occupe une place essentielle dans la réussite des politiques de développement durable. Pour qu’une telle action perdure, elle doit assurer l’équité ou la justice sociale. Si ces conditions ne sont pas remplies, cette politique périclitera en laissant de côté une partie de la population ou des pays ».

Emploipro : « En quoi le changement climatique peut avoir un impact sur l’emploi ? ».

RB : « De nombreuses études montrent que le changement climatique aura un coût économique important. Il devrait être de l’ordre de 10 % du PIB mondial avec baisse de la production et de la consommation. On considère aussi que cela aura un effet négatif important sur l’emploi. Le changement climatique va, ainsi, entrainer une raréfaction de ressources naturelles et son renchérissement. La multiplication annoncée des catastrophes climatiques devraient également entraîner des hausses du coût de transport et une série de conséquences en terme de santé publique : pollution, maladie respiratoire… ».

Emploipro : « Comment faire alors pour faciliter la « révolution écologique » et lui permettre d’être acceptée par les populations ?

RB : « La transition écologique pourra être créatrice d’emploi. Pour faciliter son avènement, ce changement majeur de nos économies devra être socialement juste pour assurer le soutien des populations à des politiques forcément impopulaires. Ou il ne sera pas. Pour faciliter ces changements, il faut développer la protection sociale des individus avec une double préparation : celle de la transition des emplois en reclassant les salariés et/ou en les requalifiant via la formation continue. Le 2 e aspect sera celui d’une indemnisation de chômage efficace et solide pour contrecarrer la destruction des emplois. Pour assurer la réussite de la transition, les métiers verts doivent aussi être développés via un investissement des Etats pour développer les filières environnementales ».

Propos recueillis par Gwenole Guiomard

Rémi Bazillier publiera en septembre l’ouvrage

« Le Travail, grand oublié du développement durable ». Le Cavalier bleu. 2011. 224 p. 19 €.

Gwenole Guiomard

Le changement climatique a un impact sur l'emploi qu'il ne faut pas négliger

Tribune parue sur lemonde.fr le 11/O8/2011

Le 20 juillet, la ministre de l'environnement et du développement durable Nathalie Kosciusko-Morizet annonçait l'adoption du plan français d'adaptation au changement climatique. Réussir la transition vers une économie faiblement intensive en carbone nécessite deux types de politiques : les politiques d'atténuation dont le but est de réduire les émissions afin de limiter la hausse des températures et les politiques d'adaptation ayant pour objectif de maîtriser autant que possible les conséquences négatives du changement climatique.

Si l'adoption de ce plan est donc une bonne nouvelle, ses insuffisances sont nombreuses. Il néglige ainsi totalement l'impact social du changement climatique et risque donc de se révéler incapable de faire face aux défis en termes d'emploi, de conditions de travail, de pauvreté et d'inégalités. Or, pour être réellement durable, toute politique se doit de prendre en compte son impact sur ces facteurs qui sont au cœur de l'indispensable dimension sociale du développement durable.

Le changement climatique est en effet susceptible d'avoir de lourdes conséquences sociales : l'agriculture et la pêche, le secteur de la finance et de l'assurance, les infrastructures, les secteurs de la santé et de l'énergie seront durablement affectés par l'évolution du climat. Selon un rapport de la Confédération européenne des syndicats, le changement climatique renforcera la vulnérabilité sociale de certaines régions (en particulier celles du Sud de l'Europe, déjà très affaiblies par la crise financière) et secteurs. Si l'effet net sur l'emploi en Europe du changement climatique et des mesures associées pourrait être légèrement positif, de larges redistributions géographiques et sectorielles d'emplois sont à prévoir et nécessitent la mise en place de politiques d'emploi et de protection sociale adaptées. Ces politiques sont au cœur du concept de transition juste, porté par la Confédération syndicale internationale et l'Organisation internationale du travail. Elles sont malheureusement largement passées sous silence dans le plan d'adaptation au changement climatique.

L'adaptation requiert de développer de nouvelles techniques ou de favoriser l'émergence de certaines activités par rapport à d'autres, pour prendre en compte, par exemple des difficultés accrues d'approvisionnement en eau, la multiplication de catastrophes climatiques ou l'élévation du niveau de la mer. Néanmoins, pour que cela puisse être considéré comme une bonne politique de développement durable, il est nécessaire que ces évolutions aient également un impact social positif.

Il convient donc d'évaluer les besoins en main-d'œuvre nécessaires avant et après les politiques d'adaptation. Le plan français prévoit par exemple de "développer des filières économes en eau dans le secteur agricole", afin notamment de diversifier la production et réduire la part des cultures fortement consommatrices en eau. Si cela est incontestablement une bonne politique environnementale, il est indispensable de s'assurer que les conséquences sociales (en termes d'emplois, de salaires et d'inégalités) sont positives. Cet aspect n'est pas traité dans le plan français.

Toutes les mesures d'adaptation devraient donc être analysées en fonction de leur impact sur la création d'emplois et la réduction de la pauvreté et des inégalités. Seules les politiques dont l'issue est positive dans ces deux domaines devraient être prises en considération. Dans l'état actuel, le plan prévoit bien une "évaluation des coûts et bénéfices des actions d'adaptation", mais ni l'emploi ni les conditions de travail ne figurent parmi les "problématiques ciblées".

Dans le domaine de la formation professionnelle, il est timidement fait référence au plan de mobilisation pour l'emploi et les métiers de l'économie verte. Mais les conséquences sur le travail et l'emploi ne peuvent se limiter au nécessaire développement des "emplois verts". Il faut aller plus loin en considérant systématiquement l'impact social de toutes les politiques environnementales.

La protection sociale est par ailleurs complètement oubliée alors qu'elle est le fondement d'une transition écologique juste. Parce que le changement climatique et les politiques d'atténuation et d'adaptation entraînent de lourdes modifications sociales, la raréfaction de certains métiers ou la baisse de l'emploi dans certains secteurs, le système de protection sociale doit être renforcé et prendre en compte les situations spécifiques de certains métiers ou de certaines zones géographiques.

Il en va de l'acceptation des politiques environnementales. L'échec de la taxe carbone a rappelé ce qu'il peut advenir de mesures, pourtant essentielles, si elles sont perçues comme injustes. Si la transition écologique peut être porteuse d'un potentiel de développement d'emplois et d'amélioration des conditions de travail, cela n'a rien d'automatique. Il faut veiller à ne pas laisser au bord du chemin de nouveaux exclus de la révolution écologique. La transition doit être juste et permettre de réconcilier les dimensions sociale et environnementale du développement durable. L'Union européenne qui doit adapter en 2013 une stratégie d'adaptation devra prendre en compte ces enjeux.


Rémi Bazillier va publier en septembre Le Travail, grand oublié du développement durable (Le Cavalier bleu, 2011).


Wednesday, April 25, 2007

Wolfowitz, dehors!

C'est le débat du moment à la Banque Mondiale. Paul Wolfowitz, herault de la lutte anti-corruption et chevalier blanc de la bonne gouvernance a été pris la main dans le sac à vouloir replacer sa compagne dans des conditions somme toutes sacrément avantageuses. Les appels à la démission se multiplient aux Etats-Unis (voir les éditaux du Washington Post) comme en Europe (édito du Monde). Effectivement, on voit mal comment il pourrait en être autrement. Mais j'invoquerais ici plusieurs raisons, qui sont étrangement absentes du débat. On peut débattre à foison de responsabilités personnelles. Il est important de faire le lien avec les politiques préconisées par l'institution. Deux remarques.

  • Il y a un débat très sérieux entre économistes sur le "degré d'acceptabilité de la corruption". Je m'explique. On veut aider massivement les pays pauvres. Mais on veut également ne pas gaspiller l'argent. Problème: plus les conditions sont drastiques, plus on a du mal à distribuer l'aide. Résultat: de nombreux programmes d'aide ne sont pas utilisés du fait de ces conditions liés à une bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption (le FED européen en est un parfait exemple). Si on veut donner plus, il faut également accepter d'avoir des conditions moins strictes. Il y a donc un problème d'arbitrage entre le montant de l'aide et les conditions fixés. Au sein de la Banque, plusieurs lignes s'affrontent. Celle de Wolfowitz, se posant en défenseur de la "tolérance zéro" sur la question de la corruption. Si corruption est détectée, on coupe tout. Et la ligne des européens considérant qu'il faut se montrer pragmatique en considérant également la nécessité de l'aide. On ne peut proner la tolérance-zéro pour les pays en développement et ne pas se l'appliquer à soi même. Wolfowitz doit démissionner, ou "se faire démissionner". Les actionnaires de la Banque, européens en tête doivent retirer leur confiance au Président de la Banque immédiatement.
  • Autre sujet de mécontentement qui est passé complétement inaperçu et justifient pour moi tout autant le départ de Wolfowitz. Très discrètement, Paul Wolfowitz a annonçé sa volonté de réorienter les politiques de la Banque en se concentrant sur deux pilliers: le soutien à la croissance économique et la lutte contre la corruption (tiens, tiens). C'est un brutal retour en arrière pour la Banque qui cherchait depuis 2001 à réorienter sa politique en faveur de la lutte contre la pauvreté, le développement des systèmes éducatifs et de santé. Cet infléchissement était déjà insuffisant, la remise en cause du consensus de Washington bien timide. Mais-là, on revient 20 ans en arrière. Connaissant l'idéologie dominante à la Banque, on voit bien ce que le soutien à la croissance économique veut dire: libéralisation, privatisation, dérégulation. Les européens sont restés bien silencieux sur cette annonce. Pourtant, à 27, nous sommes les premiers actionnaires de la Banque. Les européens doivent clairement annoncer leur volonté de positionner la Banque Mondiale sur le domaine de la lutte contre la pauvreté, du développement des infrastructures, des systèmes éducatifs et de santé. Paul Wolfowitz semble avoir une autre vision. Les européens doivent obtenir son départ pour permettre un infléchissement dans la politique de la Banque Mondiale.
La polémique sur Wolfowitz est saine, mais elle est insuffisante. Il est nécessaire de revenir également sur la politique menée par la Banque Mondiale. Le départ de Wolfowitz peut être salvateur, mais il doit permettre aussi un infléchissement de la politique de la banque.

Thursday, March 15, 2007

Pourquoi j'ai décidé...

... de vous présenter cette initiative "Caféco"

L'initiative est lançée par des doctorants ou de jeunes chercheurs de mon l'université Paris 1, j'ai participé aux discussions qui ont abouti à sa création. L'idée basique est "de remettre l'économie dans les cafés".

"Nous sommes doctorants ou jeunes docteurs en économie et nous pensons que la place d’un chercheur n’est pas à côté de la société. Nous pensons que le rôle des économistes n’est pas uniquement dans la production de travaux scientifiques mais également dans la discussion et la diffusion de théories et de résultats avec ceux qui en expriment le désir, et dans le rapprochement et la prise en compte des réflexions et des interrogations des citoyens."
Tous les mois, nous nous retrouverons dans notre café favori, le Manhattan, juste à côté de notre lieu de travail (la Maison des Sciences Economiques). Entre deux débats, le blog servira à retranscrire les débats, évidemment, mais aussi de faire réagir et préparer les débats suivants avec les rubriques "graphs du jour" ou "phrase du jour". Dernier graph en date, celui sur les dettes.. Grand sujet dans cette campagne.

Tous les détails ici.

Pour ceux qui s'intéressent aux enjeux économiques, deux sources de référence: Télos, qui est un blog qui regroupe des intellectuels (pas forcément économiste) qui réagissent sur les grands enjeux ou débats qui traversent la société.

Telos est une agence intellectuelle fondée en décembre 2005. Elle est présidée par Zaki Laïdi. Regroupant universitaires et professionnels, elle aspire à répercuter sans esprit partisan les grands débats mondiaux dans un espace français livré aux passions hexagonales.
On est pas forcément d'accord, on ne l'est pas du tout quand Olivier Blanchard nous explique pourquoi il votera Sarkozy en dépeignant un soit-disant consensus sur l'Etat de la société française qui le fait tout logiquement voter à droite. Cet article a fait quelques remous dans le cercle des économistes. Elle vient répondre à l'initiative des "jeunes" économistes de l'ENS qui se sont engagés en faveur de Ségolène Royal (Piketty, Aghion...). Voir l'article de Libé: Les jeunes économistes pour Ségolène. Et mon petit doigt me dit (enfin j'espère) que des tribunes dans Télos ou dans la presse quotidienne viendront porter la contradiction à Olivier Blanchard.

Dernière source si vous vous intéressez à ces enjeux: la rubrique Economique de Libé. Chaque semaine, c'est un économiste qui vient mettre en relation ce qui se fait dans la littérature scientifique avec les débats actuels.