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Friday, September 12, 2008

La Banque Mondiale et les Normes Fondamentales du Travail

Intégrer les normes fondamentales du travail et le travail décent dans les stratégies de développement préconisées par la Banque Mondiale, il s'agit d'un enjeu majeur tant les capacités de financement de la Banque Mondiale peut servir à améliorer de manière effective le respect des droits fondamentaux des travailleurs. Sur le sujet, la politique de la Banque Mondiale oscille entre les bonnes intentions et les a-priori "pro business". Le résultat: un ensemble peu cohérent ou la politique de promotion des normes du travail mis en avant par la Banque entre en pleine contradiction avec les recommandations visant à réduire les "rigidités", considérées comme un obstacle à l'investissement privé.

Le résultat de cette contradiction est certainement le rapport Doing Business qui vise à mesurer le niveau de réglementation des affaires. La question du droit du travail et de la protection sociale constitue un des éléments principaux de la notation. Cela donne le classement suivant :





Le problème constitue, comme le souligne la Confédération Syndicale Internationale, le critère "Embauche des Travailleurs" qui valorise les faibles taux d'emploi permanents et de protection sociale. Résultat: les pays le plus valorisé selon cet indicateur sont également les "mauvais élèves" à l'Organisation Internationale du Travail.

"L’édition 2009 de Doing Business (Pratique des affaires), publication à plus fort tirage de la Banque mondiale, qui a paru aujourd’hui à Washington, concède à des pays qui n’ont pas ratifié les conventions de l’OIT le titre de meilleure performance mondiale selon l’indicateur « Embauche des travailleurs ». _ Doing Business 2009 renoue, par ailleurs, avec la pratique consistant à faire des assertions non fondées de causalité entre son indicateur « Embauche des travailleurs », qui accorde les meilleurs scores aux pays ayant le plus faible taux d’emploi permanent et de protection sociale, et la bonne performance économique, alors que même l’organisme de contrôle interne de la Banque n’a pas relevé de preuve de l’existence d’un quelconque rapport entre les deux."


L
a Banque Mondiale assure pourtant qu'une "plus grande flexibilité sur le marché du travail ne remet pas en cause la capacité des pays à ratifier et respecter les normes fondamentales du travail". A regarder le classement relatif à cet indicateur, cela ne semble pas flagrant:

Classement des pays selon l'indicateur 'Embauche des travailleurs'
  1. Singapour
  2. Etats-Unis
  3. Ile Marshall
  4. Maldives
  5. Géorgie
  6. Tonga
  7. Brunei
  8. Australie
  9. Palo
Pas franchement les pays connus pour leur respect des normes fondamentales du travail.





Wednesday, April 25, 2007

Wolfowitz, dehors!

C'est le débat du moment à la Banque Mondiale. Paul Wolfowitz, herault de la lutte anti-corruption et chevalier blanc de la bonne gouvernance a été pris la main dans le sac à vouloir replacer sa compagne dans des conditions somme toutes sacrément avantageuses. Les appels à la démission se multiplient aux Etats-Unis (voir les éditaux du Washington Post) comme en Europe (édito du Monde). Effectivement, on voit mal comment il pourrait en être autrement. Mais j'invoquerais ici plusieurs raisons, qui sont étrangement absentes du débat. On peut débattre à foison de responsabilités personnelles. Il est important de faire le lien avec les politiques préconisées par l'institution. Deux remarques.

  • Il y a un débat très sérieux entre économistes sur le "degré d'acceptabilité de la corruption". Je m'explique. On veut aider massivement les pays pauvres. Mais on veut également ne pas gaspiller l'argent. Problème: plus les conditions sont drastiques, plus on a du mal à distribuer l'aide. Résultat: de nombreux programmes d'aide ne sont pas utilisés du fait de ces conditions liés à une bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption (le FED européen en est un parfait exemple). Si on veut donner plus, il faut également accepter d'avoir des conditions moins strictes. Il y a donc un problème d'arbitrage entre le montant de l'aide et les conditions fixés. Au sein de la Banque, plusieurs lignes s'affrontent. Celle de Wolfowitz, se posant en défenseur de la "tolérance zéro" sur la question de la corruption. Si corruption est détectée, on coupe tout. Et la ligne des européens considérant qu'il faut se montrer pragmatique en considérant également la nécessité de l'aide. On ne peut proner la tolérance-zéro pour les pays en développement et ne pas se l'appliquer à soi même. Wolfowitz doit démissionner, ou "se faire démissionner". Les actionnaires de la Banque, européens en tête doivent retirer leur confiance au Président de la Banque immédiatement.
  • Autre sujet de mécontentement qui est passé complétement inaperçu et justifient pour moi tout autant le départ de Wolfowitz. Très discrètement, Paul Wolfowitz a annonçé sa volonté de réorienter les politiques de la Banque en se concentrant sur deux pilliers: le soutien à la croissance économique et la lutte contre la corruption (tiens, tiens). C'est un brutal retour en arrière pour la Banque qui cherchait depuis 2001 à réorienter sa politique en faveur de la lutte contre la pauvreté, le développement des systèmes éducatifs et de santé. Cet infléchissement était déjà insuffisant, la remise en cause du consensus de Washington bien timide. Mais-là, on revient 20 ans en arrière. Connaissant l'idéologie dominante à la Banque, on voit bien ce que le soutien à la croissance économique veut dire: libéralisation, privatisation, dérégulation. Les européens sont restés bien silencieux sur cette annonce. Pourtant, à 27, nous sommes les premiers actionnaires de la Banque. Les européens doivent clairement annoncer leur volonté de positionner la Banque Mondiale sur le domaine de la lutte contre la pauvreté, du développement des infrastructures, des systèmes éducatifs et de santé. Paul Wolfowitz semble avoir une autre vision. Les européens doivent obtenir son départ pour permettre un infléchissement dans la politique de la Banque Mondiale.
La polémique sur Wolfowitz est saine, mais elle est insuffisante. Il est nécessaire de revenir également sur la politique menée par la Banque Mondiale. Le départ de Wolfowitz peut être salvateur, mais il doit permettre aussi un infléchissement de la politique de la banque.