Wednesday, April 25, 2007

Wolfowitz, dehors!

C'est le débat du moment à la Banque Mondiale. Paul Wolfowitz, herault de la lutte anti-corruption et chevalier blanc de la bonne gouvernance a été pris la main dans le sac à vouloir replacer sa compagne dans des conditions somme toutes sacrément avantageuses. Les appels à la démission se multiplient aux Etats-Unis (voir les éditaux du Washington Post) comme en Europe (édito du Monde). Effectivement, on voit mal comment il pourrait en être autrement. Mais j'invoquerais ici plusieurs raisons, qui sont étrangement absentes du débat. On peut débattre à foison de responsabilités personnelles. Il est important de faire le lien avec les politiques préconisées par l'institution. Deux remarques.

  • Il y a un débat très sérieux entre économistes sur le "degré d'acceptabilité de la corruption". Je m'explique. On veut aider massivement les pays pauvres. Mais on veut également ne pas gaspiller l'argent. Problème: plus les conditions sont drastiques, plus on a du mal à distribuer l'aide. Résultat: de nombreux programmes d'aide ne sont pas utilisés du fait de ces conditions liés à une bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption (le FED européen en est un parfait exemple). Si on veut donner plus, il faut également accepter d'avoir des conditions moins strictes. Il y a donc un problème d'arbitrage entre le montant de l'aide et les conditions fixés. Au sein de la Banque, plusieurs lignes s'affrontent. Celle de Wolfowitz, se posant en défenseur de la "tolérance zéro" sur la question de la corruption. Si corruption est détectée, on coupe tout. Et la ligne des européens considérant qu'il faut se montrer pragmatique en considérant également la nécessité de l'aide. On ne peut proner la tolérance-zéro pour les pays en développement et ne pas se l'appliquer à soi même. Wolfowitz doit démissionner, ou "se faire démissionner". Les actionnaires de la Banque, européens en tête doivent retirer leur confiance au Président de la Banque immédiatement.
  • Autre sujet de mécontentement qui est passé complétement inaperçu et justifient pour moi tout autant le départ de Wolfowitz. Très discrètement, Paul Wolfowitz a annonçé sa volonté de réorienter les politiques de la Banque en se concentrant sur deux pilliers: le soutien à la croissance économique et la lutte contre la corruption (tiens, tiens). C'est un brutal retour en arrière pour la Banque qui cherchait depuis 2001 à réorienter sa politique en faveur de la lutte contre la pauvreté, le développement des systèmes éducatifs et de santé. Cet infléchissement était déjà insuffisant, la remise en cause du consensus de Washington bien timide. Mais-là, on revient 20 ans en arrière. Connaissant l'idéologie dominante à la Banque, on voit bien ce que le soutien à la croissance économique veut dire: libéralisation, privatisation, dérégulation. Les européens sont restés bien silencieux sur cette annonce. Pourtant, à 27, nous sommes les premiers actionnaires de la Banque. Les européens doivent clairement annoncer leur volonté de positionner la Banque Mondiale sur le domaine de la lutte contre la pauvreté, du développement des infrastructures, des systèmes éducatifs et de santé. Paul Wolfowitz semble avoir une autre vision. Les européens doivent obtenir son départ pour permettre un infléchissement dans la politique de la Banque Mondiale.
La polémique sur Wolfowitz est saine, mais elle est insuffisante. Il est nécessaire de revenir également sur la politique menée par la Banque Mondiale. Le départ de Wolfowitz peut être salvateur, mais il doit permettre aussi un infléchissement de la politique de la banque.

1 comment:

Anonymous said...

Il y a un débat entres les deux poids lourds du milieu financier:

le wall street journal appuie wolfowitz et discrédites totalement ceux qui veulent la démission de celui-ci.

Il a par contre une autre cible:
Günter Verheugen, first vice president of the European Commission in Brussels

http://www.opinionjournal.com/columnists/bstephens/?id=110009982

Tandis que l'autre poids lourds:

the financial times et the economist veulent la démission de celui-ci parce que la révolte est trop grande chez le staff de la banque mondiale.

Certains autres croient que wolfowitz afaiblis aideraient a ce que la banque mondiale donnes une plus grande place aux pays comme la chine, l'inde , la russie et le brésil. Mais aussi une plus grande place aux scandinaves, japonais et canadiens.

Pour en discuter avec moi:

http://espace.canoe.ca/samuelchampagne