Ces quelques jours au Pérou m'ont permis d'en savoir plus sur l'APRA, l'Alliance Populaire pour la Révolution Américaine, parti d'obédience social-démocrate, membre de l'IS et de la IUSY.L'APRA a été crée le 7 mai 1924. C'est le parti le plus ancien du Pérou. Il a été crée par Víctor Raúl Haya de la Torre. Parler de Haya de la Torre au Pérou, c'est la même mystique que de parler de Jaures chez nous. Présent dans le coeur de tous les militants. Constamment cité dans les discours politiques. Haya de la Torre est partout. Element d'importance: l'APRA a été crée par des jeunes. Haya de la Torre a 29 ans lorsqu'il crée l'APRA. L'APRA appartient à toute cette grande lignée de partis de Gauche sud-américains apparaissant dans la période. Loin des divisions de la gauche européenne de l'époque, la Gauche Latino-Américaine définit sa propre voie.
C'est un ancien du parti de l'APRA qui nous racontait cela lors de notre visite a la casa del pueblo (le siège de l'APRA). En 1927, Haya de la Torre se rend à Bruxelles pour le congrès mondial contre l'impéralisme. Il y fait un discours fondateur définissant les trois points de divergence entre l'Aprisme et le communisme. Le capitalisme est le stade ultime de l'impérialisme et non le contraire pour les pays dans lesquels la production capitaliste n'est pas suffisamment avancé."nuestra definición del imperialismo, contraria a la de Lenin, sostiene que el imperialismo es laAutre point central de la théorie de Haya de la Torre et de l'APRA depuis sa création: il ne saurait y avoir de dictature du prolétariat. Toutes les formes de domination sont inacceptables et la révolution ne peut amener avec elle une nouvelle forme de domination. L'APRA prone un front uni des travailleurs manuels et intellectuels, et la Démocratie comme outil. L'unité latino-américaine prend par ailleurs un poids considérable dans les priorités de l'APRA.
etapa inferior del capitalismo en los países retrasados precapitalistas o donde la
producción capitalista no está todavía suficientemente desarrollada."
Un des slogans principaux de l'APRA: "Pan y Libertad" (Pain et Liberté). Pas de liberté sans pain, pas de pain sans liberté.L'APRA parcourt le siècle, survit aux dictatures, aux déstabilisations, se relève après les fraudes électorales le privant de la victoire. Les dictateurs péruviens se sont tous prévalus à un moment donné de la mort de l'APRA. Pourtant, "el APRA nunca muere" (L'APRA ne meurt jamais) . L'APRA arrive au pouvoir pour la première fois en 1985 avec l'election d'Alan Garcia. Fujimori qui lui succèdera et présidera le Pérou de manière ultra-autoritaire, se prévalera lui aussi de la mort de l'APRA. En 2006, Alan Garcia est réelu président du Pérou. El APRA nunca muere, scande encore aujourd'hui les militants. Pour vous en donner une idée, je vous propose deux petites vidéos d'un meeting de l'APRA pour les élections locales auquel nous avons participé. Attention, la deuxième, c'est Fikile Mbalula, le président de la IUSY qui s'essaye à l'Espagnol. ce qui est bien avec "el apra nunca muere", c'est que ca marche à tous les coups, j'ai moi même eu l'occasion de l'essayer lorsque j'ai du dire deux mots.
L'APRA a gardé une structure impressionnante. Le siège de l'APRA, la maison du peuple, est un vrai lieu de vie en plein milieu de Lima. Lieu de formation politique, mais aussi lieu de soin pour
les pauvres, coiffeurs, marché, garderie. L'APRA garde la caractéristique de ces grands partis à forte tradition. Une tradition extrêmement forte. Cela se ressent dans les discours où on renvoit constamment aux heures glorieuses de l'Aprisme, aux combats des chefs fondateurs. Lorsqu'on débute une réunion, on se lève et on salue. "APRA, PRESENTE", ca fait froid dans le dos. Surtout si vous voyez le signe. A la fin de la réunion, on se lève et on chante l'hymne de l'APRA. Surprise, on connait bien l'air. Cela s'appelle: "La marseillesa Aprista", c'est l'air de notre Marseillaise nationale avec des paroles révolutionnaires péruviennes. Ca vaut le coup d'oeuil. (voir les paroles ici).Comme je le disais donc, deux principales expériences gouvernementales: de 1985 à 1990. Alan Garcia est président de la République. Le pays est alors soumis à une gravissime crise économique, avec hyperinflation. Le pays souffre de la crise de la dette qui touche l'ensemble de l'Amérique Latine. Garcia ne sait répondre à la crise, accentué par la violence sectaire du sentier lumineux. La première période gouvernementale de l'APRA n'est guère concluante. En 2006 pourtant, Alan Garcia est réelu dans des élections paradoxales. Un nouveau venu sur la scène politique péruvienne trouble le jeu: Humala et son Parti Nationaliste Péruvien. Proche de Chavez, se revendiquant du mouvement indigéniste, Humala se revendique de la vraie gauche. Difficile à dire pourtant. Son programme est nationaliste, sa logique indigéniste est excluante. Son appel à fusiller tous les homosexuels le rapproche plus des plus réactionnaires que d'une gauche réellement progressiste. Humala obtient 30% au premier tour. Alan Garcia arrive second (25% des voix), quelques milliers de voix devant la candidate de la droite. Avec 52.6% des voix, Alan Garcia est élu au second tour. La priorité: la réduction des inégalités sociales.
Un motif de préoccupation toutefois. La question de la peine de mort. Quelques jours avant notre venue, on apprend que Alan Garcia compte rouvrir le débat de la peine de mort pour les violeurs d'enfants. Rengaine classique et populiste. L'argument massue: 90% des péruviens y sont en faveur. J'ai pu poser pendant la visite la question directement au Premier Ministre Jorge de Castillo. Voici en résumé sa réponse:
- C'était un engagement de campagne d'Alan Garcia (ce qui n'est pas en soit un argument, bien au contraire). Il veut montrer qu'il est prêt à mener le débat. Le niveau de crime et de violence est l'un des plus élevé du monde. (si la peine de mort permettait de régler ce problème, cela se saurait).
- Toutes les décisions dans l'APRA se prennent par consensus (sous-entendu: il n'y aura jamais de consensus sur cette question), j'ai moi-même des doutes sur la question.
- Le Pérou ne veut pas quitter les organismes internationaux (si le Pérou réintroduit la peine de mort, il sera suspendu de la plupart des organisations internationales notamment sud-américaines auquel il appartient. Sous-entendu: nous n'irons pas jusqu'au bout)
- Les députés doivent se saisir de la question. (En ayant discuté avec des députés, ces derniers m'ont confirmé que ce débat était au point mort et que la probabilité qu'il avance est plus qu'improbable). Et la réforme devra être voté par les 2/3 de l'assemblée.
Bref, j'ai le sentiment que cette proposition a été réintroduite dans le débat pour des motifs purement électoraux (élections locales en novembre avec la question du crime qui monopolise le débat) et que, j'espere, cette proposition n'a aucune chance d'aboutir. Il est inacceptable néanmoins de voir des camarades socialistes reprendre à leur compte cette proposition, ne serait-ce qu'à des fins électoralistes. C'est une question de principe. Les socialistes défendent le principe de dignité humaine, impliquant une opposition la plus franche et la plus totale à la peine de mort. Toute volonté de revenir sur le principe absolu de l'abolition doit être fermement condamnée, d'où qu'elle vienne (voir la campagne de l'IS contre la peine de mort).
Pour terminer sur une note plus positive. Je ne résiste pas. Fikile essayant de montrer à la foule en délire le drapeau de la IUSY. Il s'y reprendra par 3 fois.. Dans le bon sens, le drapeau, dans le bon sens..
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