Tuesday, November 07, 2006

Comprendre la vie politique serbe... et c'est pas simple

J'étais donc en Serbie ce week-end. La troisième fois en un an. La Fondation Jean Jaures a beaucoup investi depuis la fin des années 90 et la chute de Milosevic. Depuis l'année dernière (et c'est la raison expliquant mes visites nombreuses), un partenariat nouveau a été établi avec les jeunes de SDU (Social-Democratic Union). A Gauche (et encore, on verra plus tard qu'il faut le dire vite), on a donc aujourd'hui le Parti Démocratique de Boris Tadjic (le président serbe), le SDP (Social-Democratic Party), le SDU (Social-Democratic Union) et la Ligue Social-Démocrate de Voïvodine (parti régional, basé comme son nom l'indique en Voïvodine).

Jusque là vous suivez?

Alors résumons.

Le Parti Démocratique est la première force d'opposition en Serbie (qui vit, pour faire simple une situation de cohabitation avec un président du Parti Démocratique et un gouvernement de droite). Il pèse à lui seul entre 25 et 30%.

Le Parti Libéral Démocrate est le parti le plus récent en Serbie, fondé il y a moins de trois mois et aujourd’hui en pleine expansion. Se revendiquant de l’héritage politique de l’ancien premier ministre assassiné Djindjic (du Parti Démocrate), il critique l’évolution « populiste » du DP et son rapprochement avec le parti de Kostunica. Il est aujourd’hui le pilier d’une coalition pré-électorale avec le SDU, l’alliance civique, et la ligue social-démocrate de Voïvodine. Cette coalition pèse aujourd’hui plus de 5% mais est en rapide expansion.

Le SDU avait fusionné en 2002 avec le SDP pour reprendre son indépendance un an après, notamment à cause des liens du SDP avec Karic . Ils ont perdu leur statut de membre de plein droit à l’IS et à la IUSY suite à leur fusion avec le SDP. Ils ont aujourd’hui un député et pèse environ 1%. Ils sont cependant reconnu dans la société serbe pour lever des questions tabous dans la société serbe. Leur combat contre le nationalisme est un pilier, le SDU fut le premier parti à demander la collaboration avec le TPI pour permettre à la société serbe de faire face à son passé.

La ligue social-démocrate de Voïvodine est un parti essentiellement régional (basé en Voïvodine, région la plus riche de la Serbie). Ils sont au pouvoir au gouvernement régional grâce à une coalition avec le DP.

Le SDP (aujourd’hui membre de plein droit de l’Internationale socialiste et de la IUSY) a quitté ce gouvernement mais les ministres SDP ont pour la plupart quitté le SDP pour rester au gouvernement. Le SDP a aujourd’hui deux députés et forme un groupe parlementaire (« la Serbie dans l’Europe ») avec des députés indépendants et du PSS (droite populiste). Le SDP travaille aujourd’hui à une alliance avec ce PSS. Ce dernier parti est dirigé par Karic, aujourd’hui en fuite suite à des accusations financières. Il serait vraisemblablement en Russie (information confirmée par les jeunes du PSS). Karic a construit sa fortune pendant l’ère Milosevic. Ses détracteurs mettent en avant ses liens financiers avec le clan Milosevic.

Résumons. Au niveau des partis de "Gauche": D'un côté le Parti Démocratique qui a un poids électoral incontestable mais des positions social-démocrates peu affirmées (c'est peu dire). De l'autre côté, une coalition de petits partis (dont SDU) beaucoup plus proches de nos valeurs. Enfin, le SDP qui s'est fourvoyé dans une alliance avec les populistes et qui doit sortir au plus vite de la famille socialiste.

Qu'en est-il du reste des partis politiques? Le principal problème de la Serbie aujourd'hui est le Parti Radical. Ce parti est aujourd'hui le premier parti avec plus de 35% des voix. Ce parti est clairement d'extrême-droite, nostalgique de la grande serbie. Pour eux, Mladic est un héros national, le Kosovo est une partie intégrante de la Serbie, il ne s'est rien passé à Sebrenisca. Ca fait froid dans le dos. Leur poids électoral s'explique par le soutien, d'un côté des personnes agés, grands perdants de la transition et nostalgique de l'ère Milosevic, mais aussi et c'est plus inquiétant de jeunes ayant grandi dans une ambiance nationaliste, soucieux d'en découdre. Aujourd'hui, les autres partis se refusent à former un gouvernement avec lui. Mais il est à craindre que ce cordon sanitaire ne tiendra pas longtemps, une alliance avec le parti DPS de Kostunica (le premier ministre) devenant une hypothèse de plus en plus probable.

Autre parti, le PSS qui était le parti de Milosevic. Ironie de l'histoire, ils soutiennent aujourd'hui le gouvernement de Kostunica qui fut celui fit chuter Milosevic en 2000. Cela montre bien à quel point la révolution du 5 octobre 2000 n'a pas été suivi d'une dynamique positive. Aujourd'hu, la Serbie rétropédale.

Dernier épisode en date, le referundum. La Serbie a cela de merveilleux qu'il y est possible d'adopter une nouvelle constitution en 3 semaines top chrono (trois semaines comprenant les discussions à l'assemblée, 2 jours, le vote, 1 jour, et le referundum 3 semaines apres). L'objectif était louable. Enfin écrire une nouvelle constitution permettant de sortir de l'ère Milosevic (la constitution en cours datait de 1990). Le résultat est moins glorieux. D'une part, le fait que cette consitution soit soutenue par les radicaux et par le parti de Milosevic n'est pas le meilleur des signal.. Dans les points vraiment problématique: le Kosovo est constitutionnellement assimilé à une partie intégrante de la Serbie alors que les négociations sont en cours (et que les kosovars albanais n'avaient pas le droit de vote pour ce referendum). La Serbie devient la "patrie de tous les Serbes" et non la "patrie de tous les citoyens vivant sur son territoire". Et ainsi de suite.
Sans parler de la précipitation.

Bref, le referendum a été adopté malgré l'appel au boycott du parti libéral démocrate, de SDU, de l'Alliance civique et de la ligue Social-Démocrate de Voïvodine. Adoptée à une courte, très courte majorité.

Maintenant, la Serbie va à des élections générales. Vraisemblablement en décembre (la date du 23 est citée). Tout est envisageable...

1 comment:

Anonymous said...

Je te confirme qu'à part le SDU, les socialistes devraient faire très attention à tisser des liens avec les autres partis qui se réclament de la sensibilité social-démocrate. Avec le PS44 et le MJS44, nous avions organisé une délégation au lendemain de la chute du pouvoir et après le bombardement de l'OTAN et nous avions tenté à l'époque d'aider l'association "intitiatives civiques" qui servait de support à nombre d'engagements citoyens intelligents, démocratiques et pro-société civile. Ce qui reste l'urgence au regard de la conscience politique balbutiante qui était en germe au sortir de l'ère Milosevic...