Friday, February 23, 2007

François (B.), as-tu oublié tes 20 ans?

Les médias adorent çà. Les phénomènes médiatiques, la recherche sans fin du troisième homme, la volonté de créer de la confusion, de la diversion. L'homme qui n'aimait pas TF1 est aujourd'hui présenté partout comme l'alternative. Sa victimisation lui a permis une ascension significative dans les sondages. Du coup, tout le monde s'agite. Et on nous annonce un groupe de "socialistes" forcément anonymes, de la haute fonction publique qui se rallie. Les temps médiatiques sont formidables. Ca tombe bien tout de même, doit penser Bayrou, l'air pas forcément surpris. En 2002, c'était Chevènement, monté à 14% avant de revenir à des niveaux plus conventionnels. Les médias avaient fini par se laisser. Sur le fond, également, une des plus grandes impostures du jeu politique ces dernières années. François B. ne serait pas un homme de droite. Malin, le François qui exploite judicieusement la vague sondagière, la volonté de dépasser les clivages.
La crise est démocratique est réelle, elle pousse les citoyens à se réfugier dans ces échappatoires passagères. La dépolitisation, la crise du politique, les confusions idéologiques créent l'affaiblissement du clivage Gauche-Droite. Ca me rappelle tous ces gens qui se disent "apolitiques" pour mieux cacher qu'ils sont de Droite.
Une analyse précise des propositions de Bayrou le ramène pourtant rapidement à sa famille politique naturelle. Prenons un exemple: la constitutionallisation de l'interdiction du déficit du budget de fonctionnement de l'Etat. On voit bien l'idée et on partage le point de vue selon laquelle la dette pose un problème réel qu'il faut traiter, par solidarité pour les générations futures. Mais cela n'autorise pas tout, surtout pas de se lier les mains aujourd'hui, de s'enlever des marges de manoeuvre pour demain. La politique a trop souffert de cela, d'abondonner au champ économique des décisions qui relève du champ démocratique. Le sentiment d'impuissance vient de là. On se rappelle des vifs débats qui ont porté sur la constitution européenne, où des économistes critiquaient la volonté de "constitutionnaliser les politiques économiques", comme Milton Friedman et d'autres en avaient révé dans les années 1970. La politique monétaire nous a déjà échappé, confiée à une banque centrale indépendante. La politique budgétaire est bridée par le pacte de stabilité. Nous n'avons pas construit les nécessaires outils budgétaires que nous aurions du construire au niveau européen (un véritable budget européen, capable d'amortir les chocs, un impôt européen pour assumer la solidarité). Et François B. nous propose maintenant d'interdire ce déficit par la loi. Le problème est le suivant: le déficit se réduit d'autant plus facilement en période de croissance. C'est une évidence. Par contre, le jour où une vive récession frappe notre pays, il est complétement contre-productif de vouloir à tout prix "interdire le déficit". On appelle cela une politique pro-cyclique. L'inverse de ce qu'il faut faire. Le résultat est clair: la récession entraîne une baisse des recettes. Résultat, si Bayrou nous fait sa loi, on est forçé, par la loi de réduire d'autant les "dépenses de fonctionnement" (des salaires de prof par exemple), ce qui aura un effet récessif..Et augmentera donc finalement à nouveau le déficit.
Bref, faire de la politique, ce n'est pas s'enlever toute marge de manoeuvre, sinon on ne fait pas de la politique.. Et derrière l'apparent "bon sens du chef de famille", la proposition de Bayrou est ni plus ni moins dans la droite lignée des propositions les plus folles des néo-libéraux. Pas vraiment de Gauche quoi. C'est à se demander si les Spartakus sont vraiment socialistes..

Sur le sujet, à lire les tribunes de Benoit Hamon (dans Libé) et de Clémentine Autain et Anne Le Strat (dans Le Monde) . Rien à ajouter.

2 comments:

Anonymous said...

Parfaitement résumé.
Alors maintenant, on a le droit de faire des communiqués anonymes...!
Je propose d'envoyer au Figaro une lettre de "30 chefs d'entreprise dirigeants du MEDEF indignés par la dérive autoritaire de Nicolas Sarkozy" et annonçant qu'ils votent pour Ségolène Royal, "seule à même de rassembler les Français"...

Anonymous said...

Oui, on peut toujours trouver des défauts à Bayrou (sa politique sur l'ISF, la constitutionnalisation des déficits). Personne n'en est exempt. Mais Royal c'est pas mal non plus. Pas besoin d'en dire plus (l'absence de programme économique sauf "j'augmente les dépenses d'éducation, de santé, de culture, mais je dis pas comment", etc.).

Par contre, la seule différence entre Bayrou et Royal c'est que le premier peut l'emporter face à Sarkosy et pas la seconde. J'aurais préféré que DSK soit le candidat PS. Mas le sort en a décidé autrement.

Puis le "Bayrou est de droite" est à demi vrai. En France, oui. En Espagne, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en Suède, c'est plutôt un mec de centre-gauche (un social-démocrate). Donc, tout dépend quel spectre politique on regarde (celui franco-français ou celui international).

Je pense toujours que les votants socialistes vont avoir la gueule de bois au lendemain du 2nd tour quand ils verront que Sarkozy aura été élu!! Votons Bayrou et ayons DSK comme premier ministre.