Le Fatah a donc perdu. Le Hamas obtiendrait la majorité absolue des sièges au conseil législatif. Quelques premières réactions qui serviront de base à la résolution que je prépare pour le conseil national du MJS ce week-end. N'hésitez pas à réagir.Premier élément: le vote s'est tenu sans incidents, dans la plus grande transparence et la participation fut particulièrement élevé (plus de 78%). La Palestine montre, élections après élections, qu'ils sont aujourd'hui un modèle de démocratie pour l'ensemble des pays arabes. Il faut saluer cela. Il faut saluer la forte mobilisation des palestiniens quelque soit le résultat.
Deuxième élément: pour la première fois depuis les accords d'Oslo, le Fatah n'est pas majoritaire. La démocratie, c'est aussi l'alternance. Et il faut accepter les résultats de ce vote démocratique, l'expression de la souveraineté populaire du peuple palestinien.
Troisième élément: Mahmoud Abbas va demander au Hamas de former un gouvernement. L'actuel premier ministre, Quorei a d'ors-et-déjà démissionné. Cela aura de profondes répercussions dans la région. Une période d'incertitude s'ouvre en Palestine et la communauté internationale devra redoubler d'efforts dans la recherche d'une paix juste et durable dans la région. Le Hamas devra clarifier ses positions et accepter la négociation. Il doit aussi accepter pleinement le jeu démocratique en se consacrant uniquement aux activités politiques et non à la lutte armée. Le Hamas devra renoncer aux armes pour devenir un partenaire politique crédible. La question de la reconnaissance de l'Etat d'Israel est également un point central. Le Hamas doit se plier à la position officielle de l'Autorité Palestinienne reconnaissant depuis le processus d'Oslo pleinement cet Etat.
Quatrième élément: Le Fatah paye durement le prix de la division, de la corruption et de l'absence de démocratie et de renouvellement en son sein. Nous continuons à soutenir nos camarades du Fatah Youth dans leur combat pour changer le Fatah. Le processus de rénovation est urgent et prioritaire, sauf à laisser le champ libre pour de nombreuses années aux islamistes.
Cinquième élément: la politique gouvernementale d'Israël a joué un rôle dans la montée des islamistes. La politique d'assassinats ciblés, de destructions de maison, la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, la construction du mur, l'absence de libre-circulation pour les palestiniens n'a fait que renforcer les frustrations et faire monter les extrémistes en Palestine. L'absence de coopération avec Abbas et son gouvernement, l'absence de signes tangibles envers la population palestinienne (libération de prisonniers notamment) a fait gagner en crédit l'idée que la négociation avec Israël était vaine. Il s'agit là d'une erreur stratégique historique.
Sixième élément: Israël et les Etats-Unis doivent revenir sur leur propos et leur refus de dialoguer avec un gouvernement dirigé par le Hamas. Ils ne peuvent choisir à la place des palestiniens leur partenaire dans la discussion. Le gouvernement est élu par le Peuple. Il est mandaté par celui-ci pour discuter. Le gouvernement israélien doit accepter cette nouvelle donne.
Enfin, un des enseignements du scrutin est aussi la nécessité absolue de renforcer les politiques sociales et de permettre un réel développement de la Palestine. Le Hamas a gagné aussi grace à ses actions sociales, son aide aux populations, alors que l'Autorité Palestinienne en était incapable. Le Fatah doit pleinement prendre conscience de cet enjeu.
Lire la déclaration de la IUSY: "IUSY welcomes free and fair Palestinian Legislative Elections "
et de l'Internationale Socialiste: "L’Internationale Socialiste salue la tenue d’élections législatives libres et justes en Palestine"
7 comments:
Sur le même sujet:
http://nicomarandon.hautetfort.com/archive/2006/01/26/actu-internationale.html
Je remets le message que j'ai laissé sur le blog du MJS 54:
"Une chose me fait un peu tiquer dans les analyses de Joaquim, de Rémi et d'autres jeunes socialistes sur ce résultat du Hamas. "La démocratie est en marche en Palestine" pour Joaquim, "La Palestine montre, élections après élections, qu'ils sont aujourd'hui un modèle de démocratie pour l'ensemble des pays arabes" pour Rémi (sur son blog). Qu'est-ce qui fait de la Palestine, un pays si particulier qu'on ne s'y offusque pas plus durement lorsqu'il choisit l'extrême droite religieuse pour dirigeants. Quand les urnes disent Le Pen, je ne dis pas "c'est la démocratie", je descend dans la rue. Quands les urnes disent Haider, je ne dis pas c'est le peuple autrichien qui est souverain et tant mieux, je réclame que l'Europe sanctionne. Quand je vois Bush élu, je ne dis pas "vive la démocratie", je défile contre la guerre en Irak. Certes il y a eu élection, transparente et avec une bonne participation. Mais la démocratie n'est pas en marche en Palestine: elle vient de recevoir un coup historique "sur le coin de la gueule".
Je comprends bien que la Palestine est dans une problématique différente des autres Etats. Mais le Hamas n'est pas un parti comme les autres! Il n'est pas temps de célébrer la démocratie en Palestine alors qu'au contraire, à peine cette démocratie nait-elle, le peuple palestinien s'inflige sa négation en votant pour le Hamas. On peut trouver toutes les raisons à celà (politiques desastreuse d'Israël qui maintient dans la misère la Palestine, corruption au Fatah, etc.). On peut aussi trouver beaucoup de raisons au vote Le Pen..."
pas mieux jp. ca a un nom : double standards.
Le dilemme de la démocratie se trouve quand elle doit tolérer l’intolérance.
Qu'est ce qu'on peut faire contre les elections libres et formellement democratiques?
Est ce que nous pouvons nous mettre contre un resultat qui est fruit de l'histoire d'un pays?
[réaction de la Ligue arabe, et autre réactions en Israël. Difficultés
financières à prévoir pour l¹Autorité palestinienne. En Israël, tous
courants confondus, le Hamas n¹est pas un partenaire]
http://www.haaretzdaily.com/hasen/spages/675205.html
Ha¹aretz, 27 janvier 2006
La Ligue arabe : le Hamas devra reconnaître Israël
Le Hamas devra accepter l¹initiative de Beyrouth, qui appelle à une
reconnaissance pleine et entière d¹Israël, et ce malgré ses positions
déclarées sur la question, a dit vendredi Amr Moussa, secrétaire général de
la Ligue Arabe, après la victoire du Hamas aux élections législatives
palestiniennes. Amr Moussa a ajouté que le processus diplomatique au
Moyen-Orient devait suivre les principes de Beyrouth, qui comprennent un
retrait total d¹Israël des territoires, en conformité avec les résolutions
242 et 338 des Nations Unies. Cette initiative, approuvée par la Ligue arabe
en 2002, a été rejetée par Ariel Sharon, alors Premier ministre (1). Amr
Moussa s¹exprimait dans le cadre d¹une conférence sur les élections
palestiniennes qui s¹est tenue à l¹occasion du Forum économique mondial de
Davos.
Lord de la même conférence, Yossi Bachar, directeur général du ministère
israélien des Finances, a déclaré qu¹Israël devait arrêter les transferts de
fonds aux Palestiniens, compte tenu de la victoire du Hamas. "Nous allons
devoir nous confronter à des problèmes pratiques et répondre à la question :
comment traiter avec des gens qui appellent à la destruction d¹Israël", a
dit Bachar. "S¹ils veulent continuer à travailler avec nous, ils devront
trouver une solution. Sinon, je ne vois pas comment ils vont récupérer
l¹argent", a-t-il ajouté. Bachar a dit aussi que les recettes du budget
palestinien étaient fondées sur les douanes et sur la TVA que collecte
Israël et qu¹il reverse aux Palestiniens, ainsi que sur l¹aide de l¹Arabie
Saoudite.
James Wolfensohn, émissaire spécial de la Banque mondiale, qui coordonne les
contacts entre l¹Autorité palestinienne et les pays donateurs a affirmé que,
selon lui, les pays pourraient mettre fin à leur aide après la victoire du
Hamas, "compte tenu des incertitudes et de l¹absence de perspectives". Il a
dit que le problème allait se poser de façon aiguë dès la semaine prochaine,
quand l¹Autorité palestinienne n¹aurait pas d¹argent pour payer les salaires
de ses fonctionnaires.
Mohammed Mustafa, conseiller économique du président palestinien Mahmoud
Abbas, a déclaré vendredi que " le Hamas devra adapter sa politique au
programme économique et diplomatique de Mahmoud Abbas".
Réactions en Israël
Le Premier ministre par intérim Ehud Olmert a dit jeudi qu¹une Autorité
palestinienne dirigée par le Hamas n¹était "pas un partenaire" pour la paix.
"Si un gouvernement dirigé par le Hamas, ou auquel le Hamas participe, est
constitué, l¹Autorité palestinienne deviendra une autorité qui soutient le
terrorisme. Israël et le monde avec lui n¹en tiendront pas compte", a encore
dit Olmert, qui a ajouté : "Israël est prêt à aider les Palestiniens et
Abbas de manière conséquente, mais à la condition qu¹ils s¹en prennent aux
groupes terroristes". Lors d¹une réunion consacrée aux conséquences
attendues de la victoire du Hamas, les services de renseignement ont suggéré
l¹hypothèse qu¹à court terme, il y aurait une période d¹accalmie. Certains
ont fait part de leur crainte que différentes factions du Fatah, déçues par
les résultats, expriment leur frustration en commettant des attentats
terroristes.
La victoire du Hamas a suscité des réactions violentes dans le monde
politique israélien. A droite, Benjamin Netanyahou a déclaré : "le Hamastan
a été créé sous nos yeux : un satellite de l¹Iran à l¹image des Talibans. Il
a été créé très près de Jérusalem, de Tel-Aviv et de l¹aéroport Ben Gourion.
Il nous faut faire notre examen de conscience, car tout cela était écrit sur
le mur. Une politique de retrait unilatéral a constitué une récompense au
terrorisme du Hamas". "Le Hamas devrait envoyer un gros bouquet de fleurs à
Ehud Olmert, qui a renoncé à faire la guerre au terrorisme ", a pour sa part
déclaré Effie Eitam (Union nationale).
A gauche, Amir Peretz (président du Parti travailliste) a déclaré jeudi que
la victoire du Hamas pourrait conduire Israël à procéder à des mesures
unilatérales supplémentaires. Il a dit qu¹il ne mènerait aucune négociation
avec le Hamas : "nous ne négocierons pas avec une organisation qui ne
reconnaît pas le droit d¹Israël à exister et cherche à le détruire. Si nous
le jugeons bon, nous agirons unilatéralement. Nous n¹accepterons pas une
impasse diplomatique, et nous ne serons pas les otages des changements au
sein de l¹Autorité palestinienne". Pour Amir Peretz, le Hamas n¹est pas un
partenaire et il menace la stabilité du Moyen-Orient. Il a ajouté que face à
cette situation nouvelle, les Américains et les Européens devront clarifier
leurs positions. Benjamin Ben Eliezer (député travailliste) a déclaré : "il
n¹y a rien de quoi nous pourrions parler avec le Hamas. Mais si le Hamas
reconnaît notre droit à exister, nous réexaminerons la question".
Yossi Beilin, président du Meretz (gauche) a déclaré jeudi que les
résultats des élections donnaient encore une chance de conclure un accord
avec les Palestiniens modérés. Il a appelé Olmert à entamer immédiatement
des pourparlers avec le président Mahmoud Abbas. Pour Beilin, Israël est
responsable du renforcement du Hamas : "Israël a joué un grand rôle dans
l¹affaiblissement de l¹Autorité palestinienne et dans le renforcement du
Hamas. Le retrait unilatéral de la bande de Gaza, sans accord avec Abbas, a
grandement renforcé le Hamas", a-t-il dut.
(1) sur la déclaration de Beyrouth, ainsi que sur l¹"initiative saoudienne"
dont elle est l¹émanation, voir par exemple :
http://www.lapaixmaintenant.org/article649
Salut Remi.
Je suis assez surpris par certaines de tes remarques sur la victoire du Hamas au elections palestiennes.
Certes, les elections semblent s'etre deroulees sereinement (encore que la serenite d'elections dans un pays soumis a une alternance de guerres et d'occupations soit un concept douteux), et il ne s'agit certainement pas de considerer les Palestiniens comme des enfants irresponsables de leur choix.
Cependant, il me semble qu'il faut se defier d'une position par trop "munichoise": l'accession aux responsabilites n'a que tres rarement (jamais ?) assagi les delires integristes et/ou totalitaires de mouvements qui se caracterisent d'abord par une fascination pour la violence et le refus du discours politique.
L'alternative a la democratisation du Hamas dont tu parles pourrait bien etre une guerre civile ou un conflit generalise au Moyen-Orient .
Souhaitons tous que tu ais raison, mais ne nous aveuglons pas sous pretexte que ces nouveaux dirigeants ont ete democratiquement elus : a ma connaissance, l'election par le peuple n'est pas la seule condition pour l'existence d'une vraie democratie (la liberte d'opinion et d'expression,la securite des personnes et la continuite de l'alternance en sont autant d'autres qui ne se garantissent pas toutes mutuellement).
Julien L.
Julien,
Je comprends tes doutes. Et évidemment, je ne décris pas la situation comme le paradis démocratique. Ceci-dit cela pose une vraie question. Doit-on refuser le vote démocratique dès-lors que le gagnant ne partage pas nos valeurs? Véritable interrogation pour les démocrates.
Pour moi, le critère est simple. S'il existe des garanties quant à la continuité de la Démocratie et la préservation des Droits et des Libertés, alors on doit savoir accepter le résultat quelqu'il soit. (accepter ne veut pas dire soutien) Et aujourd'hui Mahmoud Abbas semble être une garantie pour éviter que la Palestine tombe dans un délire islamiste. Qui plus est, je ne suis pas sur que cela soit l'intéret du Hamas..
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