"M. KOFI ANNAN, Secrétaire général de l’ONU, s’est félicité de l’adoption imminente par le Conseil de sécurité d’une résolution visant à mettre fin aux hostilités au Liban. Mais il s’est déclaré profondément déçu que le Conseil n’ait pas pris cette décision plus tôt, convaincu que son sentiment était partagé par des centaines de millions de personnes à travers le monde. M. Annan a pourtant rappelé qu’il avait demandé de manière répétée, comme tant d’autres, la cessation immédiate des hostilités pour le bien des populations civiles. Le bilan est aujourd’hui de plus de 1 000 morts, 3 600 blessés et un quart des habitants du Liban, soit près d’un million de personnes, déplacés. De nombreux logements et infrastructures logistiques ont été détruits. Une telle dévastation serait tragique à n’importe quel moment, elle l’est d’autant plus au moment où le Liban était engagé dans la reconstruction, a déploré M. Annan. Les Israéliens quant à eux ont été exposés à la menace posée par le Hezbollah, qui a mis en danger aussi bien les civils israéliens que les civils libanais. En outre, a poursuivi le Secrétaire général, l’ONU a été la cible de protestations et de violences malgré les efforts de la FINUL, qui a dû faire face à une menace contre laquelle elle n’était pas équipée. M. Annan a par ailleurs félicité les travailleurs humanitaires pour leur travail remarquable."
Finalement, la résolution parle "d'un appel en faveur d’une cessation totale des hostilités fondée, en particulier, sur la cessation immédiate par le Hezbollah de toutes les attaques et la cessation immédiate par Israël de toutes les offensives militaires". Ce n'est pas le cessez-le-feu immédiat et sans condition qu'on était en droit d'attendre. En particulier, il subsiste une véritable ambiguité sur ce qui pourra être considéré comme "une offensive militaire" du côté israélien. Quid des attaques defensives? Comment distinguer attaques offensives et défensives? Bref, il reste une part d'ambiguité. Il appartient maintenant à l'ONU et aux puissances occidentales d'être extrémement ferme dans le respect de cette "cessation totale des hostilités". Quelques heures après l'adoption de la résolution, Israël lançait sa vaste offensive terrestre, violant de fait la résolution tout juste adoptée. Pas de bonne augure. L'ONU dit aujourd'hui que la cessation totale des hostilités devra intervenir immédiatement après l'acceptation de la résolution par le Liban et Israël. Mais depuis quand une résolution de l'ONU prend force de loi après l'acceptation de cette résolution par ceux qui sont concernés? La cessation des hostilités doit être immédiate. Les israéliens doivent cesser leur offensive terrestre. Le retrait des troupes israéliennes doit se faire le plus rapidement possible.
Insistons également sur un point. Conformément à la volonté du gouvernement libanais, il est prévu que l'armée libanaise se déploie au Sud-Liban, avec la FINUL en soutien. Cette disposition est historique et lève un véritable tabou dans la société libanaise. Le gouvernement libanais doit avoir toute souveraineté sur tout son territoire. Le Hezbollah n'a aucune légitimité à jouer le rôle de supplétif. Le Hezbollah n'a aucune légitimité à faire la guerre au nom de tout un peuple. La résolution de l'ONU mentionne les accords de Taef et la résolution 1559 (prévoyant le désarmement des milices).
Le déploiement de l'armée libanaise se fera donc avec l'aide de la FINUL qui verra son mandat renforcée. Elle n'agira pas sous l'égide de l'article 7, ce qui lui aurait permis d'utiliser la force même hors cas de légitime défense. Le gouvernement libanais ne voulait pas en entendre parler, considérant que dans ce cas, cette force serait vue comme une force internationale d'occupation par les libanais. On comprend l'argument. Le MJS demandait lui une véritable force d'opposition (voir le dernier communiqué ici). L'essentiel est que l'armée libanaise prenne le contrôle de tout son territoire et qu'Israël se retire totalement du Liban. Si la FINUL peut y contribuer, cela sera dans tous les cas positifs.
A moyen-terme, la résolution parle d'un cessez-le-feu permanent débouchant d'un accord politique entre les parties. Le secrétaire général des Nations-Unies est prié de faire dans les 30 jours des propositions visant à trouver une solution aux problèmes en suspens, notamment le problème des fermes de Chebaa. C'est particulièrement important. Après le retrait du Liban-Sud par Israël en 2000, le Hezbollah justifiait son refus de désarmer par l'occupation par Israël de ces fermes, territoire de 25km², officiellement sous souveraineté syrienne, occupé par Israël et revendiqué par le Liban. La volonté d'Israël à établir une paix durable avec le Liban sera jugée aussi sur l'acceptation de la souveraineté libanaise sur ces fermes.
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