Monday, September 04, 2006

Interview Cap Finistère sur la Françafrique

Samedi 16 septembre, je me rends dans le Finistère à l'invitation de la fédération du PS et du MJS du département, pour leur fête de la Rose annuelle. L'invité principal est cette année Hubert Védrine. J'y anime un débat sur la Françafrique. Retrouvez ci-dessous mon interview pour leur journal fédéral.

Ni ingérence, ni indifférence


Rémi Bazillier, secrétaire national du MJS chargé de l’International, animera, le 16 septembre, à Mescoat, un atelier consacré à la Françafrique.

Cap Finistère : Peux-tu nous donner une définition de la Françafrique ?

Rémi Bazillier : La Françafrique est un système néo-colonial bloquant le développement des anciennes colonies françaises par un détournement systématique des rentes créées par les ressources naturelles et de l'aide publique au développement. Pendant de longues années, la Françafrique a enrichi les dictateurs africains et leurs complices français, tout en maintenant dans l'extrême pauvreté les populations locales. Ce système a favorisé les dictatures, les guerres et les déstabilisations des gouvernements démocratiques. Maintenir sous dépendance économique et politique les anciennes colonies était son principal objectif.
Aujourd'hui, le système s'est profondément transformé. Il n'est plus centralisé comme il pouvait l'être sous la période De Gaulle / Foccard. Les acteurs se sont multipliés. Sur le plan économique, le système s'est largement criminalisé et internationalisé. Beaucoup considèrent que la Françafrique est aujourd'hui un système passé. Malheureusement, il n'en est rien et Chirac l'a montré de la manière la plus cynique. Nous l'avons vu encore récemment au Togo ou au Tchad.

Cap Finistère : Les torts des gouvernements africains et français ne sont-ils pas partagés ?
Rémi Bazillier : La France a une responsabilité particulière pour avoir soutenu, financé et armé ces gouvernements dictatoriaux, agissant contre l'intérêt des peuples africains. Omar Bongo avait utilisé cette curieuse phrase : "La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant ; l'Afrique sans la France, c'est une voiture sans pilote". La France s'est servie, puisant largement dans les ressources naturelles de ces états. Mais il est vrai que beaucoup de gouvernements africains l'ont largement accepté, les chefs d'états en profitant pour s'enrichir. La Françafrique s'est construite sur cette large complicité entre le gouvernement français et les dictateurs africains. Cela s'est fait contre les intérêts des peuples africains et dans l'indifférence la plus complète en France. Mais il faut bien comprendre que beaucoup de ces dictateurs ont été souvent mis au pouvoir par la France, utilisant toute sa puissance militaire et ses intérêts économiques.

Cap Finistère : Peut-on effacer de façon unilatérale plusieurs siècles de relations entre une partie de l’Afrique et la France ?

Rémi Bazillier : Soyons clair, il n'est pas question d'effacer nos relations avec l'Afrique. Nous avons une responsabilité historique particulière. Lionel Jospin définissait assez bien les bases d'une nouvelle relation à l'Afrique : "Ni ingérence, ni indifférence". C'est un réel partenariat qu'il faut construire mais il ne s'agit pas de nous retirer.

Catégories: Francafrique Africa

1 comment:

Anonymous said...

Hubert Vedrine !!! Un tres bon interlocuteur pour parler de la France afrique