Wednesday, August 16, 2006

Liban et Françafrique: d'une pierre deux coups

La France va donc prendre une place importante, si ce n'est la plus importante, dans la FINUL "renforcée", la force d'interposition au Sud-Liban. Et si... on en profitait pour en envoyer encore plus et fermer progressivement et parallèlement nos bases militaires en Afrique... D'une pierre de coups.. On arrête l'ingérence en Afrique, on sort de la Françafrique... Et, on fait appliquer la Paix au Moyen-Orient. Il parait que ça coute cher et qu'on ne sait plus trop à quoi ça sert, ces bases militaires permanentes en Afrique..

Peut-être, en plus, que cela nous permettrait de remonter au classement des pays qui aident le plus les pays pauvres à sortir de la pauvreté. Cette année, on a perdu trois places, notamment à cause de notre politique migratoire et de la vente d'armes qui jouent contre le développement. La Françafrique contre le Développement? Il n'y a pas que nous qui le disons: "Son aide va à des pays peu démocratiques et pas si pauvres ; sa politique migratoire est trop restrictive ; elle est l'un des champions de la vente d'armes à des dictatures."

A
u fait, ca y-est. Le communiqué sur le Liban du MJS est sorti. Il est disponible sur le site du MJS. Dites-moi ce que vous en pensez!

Update 17/08/06. Selon un article du Monde, la France finalement hésiterait à envoyer plus qu'une délégation symbolique au sein de la FINUL. On croit rêver. Les hésitations seraient motivées par "le traumatisme de la Bosnie" et "les craintes de représailles de la Syrie ou de l'Iran", deux régimes qui soutiennent le Hezbollah et contre lesquels la France mène des batailles diplomatiques. Le traumatisme de la Bosnie? On ne se rappelle pas avoir entendu ces hésitations au moment d'intervenir militairement en Côte d'Ivoire ou au Tchad. Des fois, on se demande vraiment ce qui motive ou ce qui ne motive pas les interventions françaises. Espérons que Koffi Annan parvienne à convaincre la France d'aller plus loin que l'envoi de quelques dizaines de soldats..

Update 18/08/06. Le communiqué de presse du Mouvement des Jeunes Socialistes a été publié sur le site LibanNews. Retrouvez aussi sur ce site la réaction de Wallid Joumbatt aux provocations syriennes.

Catégories: Lebanon Francafrique UN

2 comments:

Anonymous said...

Je trouve le communiqué du MJS équilibré et juste même si je pense qu'il faut élargir encore plus la question. Je travaille actuellement sur un papier qui expose ma vision sur le Proche et Moyen Orient. Il devrait avoir les honneurs du Monde ou de mon blog ;-)

Quant aux hésitations françaises, c'est plutôt du côté de l'attentat du Drakkar qu'il faut voir. Cela a été un très grand traumatisme à l'époque et J. Chirac ne l'a pas oublié. Il a raison d'hésiter et de tout faire pour ne pas être poussé à faire le sale boulot que les américains et les israéliens ont derrière la tête (désarmer le Hezbollah sans régler les autres questions).

Quant au lien Liban - Françafrique, je suis moins convaincu...

Je crois surtout qu'en Afrique il faut être prudent, au risque de passer pour un cynique réaliste.

Certaines de nos pratiques sont/ont été très condamnables. Il faut réformer notre politique africaine. Je suis tout à fait d'accord. Mais, la nature a horreur du vide. Si la France se retire, on ne verra pas fleurir la démocratie et le développement comme par enchantement. D'autres acteurs prendront la place. Ils sont d'ailleurs déjà là : Etats-Unis, depuis un bon moment, Chine, c'est plus nouveau, voire les acteurs non étatiques (multinationales, mercenaires, groupes terroristes).

Qui peut nous assurer qu'ils auront de pures intentions ? On pourra toujours dire que l'Onu sera là en cas de problème. On a vu ce que donne l'Onu au Rwanda, au Liban et en Bosnie. D'accord, la France n'a pas toujours fait mieux, mais il ne tient qu'à nous de changer. En revanche, se reposer sur la bonne volonté des autres ou l'efficacité de l'Onu est naïf.

Donc, il faut un retrait graduel, très graduel, mais surtout un changement radical de nos façons de faire.

C'est frustrant, compliqué, ingrat et pas très funky comme programme politique. Mais c'est aussi se montrer subtil et conscient de la complexité du monde. C'est faire appel à l'intelligence et au bon sens. Après tout, le monde n'est pas en noir et blanc (pardon...).

A bientôt,

Solania

Rémi Bazillier said...

Merci Solania pour ce commentaire, dont je partage l'essentiel des points de vue. Pressé de lire ton papier. J'espere que je n'aurais pas à attendre sa parution dans le monde mais que je pourrais bénéficier d'un draft informel ;-)
Pour ce que tu dis sur les "hésitations" de Chirac. Certes, il n'est pas question de faire le sale boulot seul et le mandat doit être plus que clair. Cependant, on ne peut non plus se défausser des responsabilités. Le fait que Alliot-Marie était sur le point d'annoncer une force symbolique aurait eu des conséquences désastreuses sur la possibilité même de créer une force d'interposition.

Pour le lien Liban*Francafrique, il s'agissait d'un petit clin d'oeuil. Je suis d'accord sur le départ progressif. mais le fait que d'autres pourraient prendre notre place ne sauraient justifier à aucun moment qu'on perpetue les mauvaises pratiques. Sans dire que la démocratie fleurira si les francais part, évidemment, la premiere de notre responsabilité en tant que français est "D'abord ne pas nuire".
Et puis je ne sais pas en quoi par exemple les 3000 soldats français au Tchad ont fait quoique ce soit pour la stabilité régionale, à part maintenir au pouvoir un dictateur ultra-contesté parmi sa population et source justement d'instabilités régionales (Soudan..). Et ce n'est qu'un exemple.