Tuesday, August 08, 2006

Liban: Rassemblement de Solidarité ce soir 19h00 - Bastille


Les représentants des partis politiques libanais en France, les représentants d’associations non gouvernementales et le « Collectif de citoyens Libanais et amis du Liban » lancent un appel commun pour un grand rassemblement pacifique ce Mardi 8 août, Place de la Bastille, à 19h pour exiger l'arrêt immédiat des attaques israéliennes au Liban. J'y serais. Venez nombreux!

A ce sujet, quelques réflexions:
  • L'inefficacité une nouvelle fois prouvée de l'option militaire. L'offensive israélienne est un échec. Contraitement à ce qui avait été annoncé, anéantir le Hezbollah n'est pas tache aisée.. La recrudescence des violences des derniers jours le montrent. Plus de 160 tirs de roquettes par jour. Les capacités offensives du Hezbollah ne sont que faiblement entamées alors que le pays, lui, est complétement détruit. Les israéliens voulaient dans les dernières semaines gagner du temps au niveau international pour aboutir à leurs fins en quelques jours. Les plans sont aujourd'hui revus. On ne voit plus la fin de l'offensive. L'escalade continue. Toujours plus contre-productive et inéfficace. On le dit depuis le début: seul un accord politique permettra de sortir à long-terme de la crise. La première étape: un cessez-le-feu immédiat, sans conditions.
  • Une communauté internationale honteusement impuissante. Comment ne pas être choqué par ces discussions sans fin au Conseil de Sécurité de l'ONU. Les hostilités durent depuis près d'un mois. L'ONU est d'abord restée étrangement discrete. C'est le G8 qui a finalement réagi le premier... pour une déclaration a minima. Depuis, il a fallu que les israéliens suggérent l'envoi d'une force internationale sous l'égide de l'OTAN (!) pour que les chancelleries occidentales se mettent à discuter de cette éventualité. La piste de l'OTAN a heureusement été rapidement écarté. Mais depuis, on attend toujours l'accord sur la force internationale. Les chamailleries franco-étatsuniennes sont indécentes. Chirace demande un accord global permettant de régler tous les problèmes (y compris les fermes de Cheba). La position pourrait être compréhensible si l'urgence de la situation n'exigeait pas une réaction plus rapide. Attendre un hypothétique accord entre Israël et le Liban sur l'ensemble des questions, c'est avouer sa propre impuissance. Hier le gouvernement libanais a émis la possibilité de déployer 15000 soldats libanais au Sud-Liban immédiatement après le retrait de toutes les forces israéliennes. Olmert, le premier ministre israélien s'est dit intéressé par la proposition. A ce rythme là, les deux forces en présence risquent de se mettre d'accord avant que les chancelleries occidentales s'accordent sur une force d'interposition. En attendant, on aura perdu quelques semaines et des dizaines de vies civiles. L'ONU n'a toujours pas demandé un cessez-le-feu, une cessation des hostilités, RIEN. Les négociations sont toujours en cours. Mais enfin. Elle sert à quoi l'ONU si elle est pas capable, a minima, de demander la paix dans une telle situation? A la sortie du conflit, il faudra analyser toutes les causes de cette paralysie et y répondre très vite. Au risque de voir mourir cette belle institution.
  • Quel avenir pour le Liban? Grande question. Les responsabilités israéliennes et du Hezbollah sont lourdes car elles bloquent un processus difficile de transition démocratique. La révolution du Cèdre en 2005 avait permis le retrait des troupes syriennes, puis l'élection d'un gouvernement majoritairement anti-syrien. Depuis l'évacuation du Sud-Liban par Israël, le contrôle militaire de cette région par le Hezbollah était de plus en plus critiqué. Des forces politiques qui jusqu'ici ménagaient le Hezbollah (qui jouit d'un soutien sans faille de la communauté chiite) demandaient ouvertement son désarmement, comme en témoigne la position courageuse de Joumblatt et du Parti Socialiste Progressiste Libanais (qui depuis faisait l'objet de menaces extrémement sérieuses, voir le communiqué de la IUSY). Un processus de dialogue national avait pour la première fois posé la question du désarmement du Hezbollah (les résultats n'avaient certes pas été probants, mais ce processus prendra de toutes façons du temps). Sur ce sujet, il faut prendre en compte l'extrême sensibilité de la société libanaise, qui après 15 ans de guerres civiles doit être extrêmement vigilantes sur tout ce qui peut attiser les tensions communautaires. Encore une fois, le Hezbollah est soutenu par 90% des chiites au Liban.. Aujourd'hui, le gouvernement libanais a perdu le contrôle de la situation. Aux yeux des israéliens, il n'est qu'un acteur marginal, de fait complétement impuissant face à l'offensive en cours. Son armée n'est pas capable de réagir. Et le Hezbollah passe, à tort, comme le seul protecteur du peuple libanais (même si de nombreux libanais ne lui pardonneront jamais d'avoir lancé le conflit et pris en otage toute la population). Aujourd'hui, le processus national est bloqué. Et il le sera pour longtemps. La question du désarmement sera difficile à lever dans le dialogue politique interlibanais. Le Hezbollah est en position de force. La Syrie est appelé au secours. Quelle regression pour le Liban! On en revient deux ans en arrière. Et la Syrie pose aujourd'hui ses conditions pour faire pression sur le Hezbollah. Tout cela n'était pas dans l'intérêt israélien. Tout cela est la conséquence de l'offensive israélienne. Le gouvernement israélien doit comprendre cette erreur historique et en tirer toutes les conséquences.
  • Des conséquences régionales difficiles à évaluer. La Syrie comprend tout l'intérêt qu'elle a dans la situation. Malgré les efforts de Chirac, les dirigeants syriens sont subitement redevenus fréquentables par les chancelleries occidentales. Les conditions syriennes ne sont pas difficiles à imaginer: clémence dans l'enquête internationale sur Hariri (la justice sera sans-doute sacrifiée, au prix de la realpolitik). Mais la vrai question, et je ne serais pas surpris qu'elle ressorte dans les prochains jours, comme une nouvelle condition à même de faire encore perdurer un peu plus le conflit: la question du Golan, occupé par Israël depuis 1981. La Droite israélienne a toujours refusé la moindre concession sur cette question. Et la Syrie, dont les liens avec le Hezbollah ne sont plus à démontrer peut paralyser toutes avancées si elles n'obtient pas de concessions sur cette question. Bref, si cette question du Golan réapparait, je serais encore plus pessimiste sur un réglement à court-terme de la crise. L'autre acteur régional, c'est l'Iran. Mais à leur sujet, il n'y que guère Chirac et notre stupide ministre des affaires étrangères Douste-Blazy a croire qu'ils peuvent jouer un rôle stabilisateur dans la région. Les autres pays arabes sont marginalisées, restées extrêmement discrets pendant la crise (malgré le soutien de la Ligue arabe au plan de paix libanais, annoncé hier). Les gouvernement sunnites s'inquiètent de la montée de la popularité du Hezbollah dans toute la région. Guère de bonnes nouvelles.
Catégories: Lebanon Middleeast Israel UN

1 comment:

Luc Mandret said...

Et on remet ça demain jeudi, à 19h sur le Champ de Mars, en bas de la Tour Eiffel !